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LE RYTHME, MARQUE DEPOSE ET SYMBOLE DE L’AFRICAIN

par: Guest
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Passé cette description sommaire de ce que l’homme noir peut produire, ce concept a fort heureusement été rapidement démoli par nos célèbres ambassadeurs ; Ella FITZGERALD, sublime dans les ballades, a démontré que l’espace et l’utilisation du temps (au sens musical) sont malléables à l’infini. Myriam MAKEBA « suspend » l’orchestre sur un arbre pour que sa voix puisse se projeter avec une douceur et des nuances qui vous transportent dans l’univers. Quant aux instrumentistes virtuoses comme Charlie PARKER, John COLTRANE, pour ne citer qu’eux, lorsque vous reprenez leurs thèmes, il est préférable de se munir d’une partition et de laisser vos (bas) instincts à leur place.

On en arrive à un premier constat : orchestrer et coordonner un groupe de musiciens ne se fait pas toujours de façon aussi automatique qu’on le pense, y compris chez les « Blacks »:lorsque personnellement je fais la mise en place d’un morceau, je suis intransigeant sur les nuances (piano par ci, fortissimo par là, anticipation, retard etc…) et ai constaté chez bon nombre de mes collaborateurs qu’ils sont habités par ce que j’appelle : le Démon du tempo.

Ce démon là produit un malaise qui est d’autant plus profond qu’il s’attaque aux points les plus sensibles de l’être Humain : l’orgueil, le nombrilisme…Une seule personne, emportée par son émotion (encore ce mot !) peut déstabiliser un orchestre de 40 individus, sous l’effet d’une transe incompréhensible. Comme la plupart du temps le public se satisfait d’un moindre mal, l’affaire se règle plus ou moins discrètement sur scène, à condition que celui qui a fauté rétablisse un équilibre entre son cerveau et …le reste.

Parlons maintenant des Toubabs (Les Blancs en langue Ouolof). Comme la plupart d’entre eux ne savent point danser nos musiques bien chaloupées, il y a un préjugé tenace qui consiste à penser que pour faire notre musique avec toutes ses racines, il vaut mieux rester « entre Blacks » ! C’est une pensée qui est d’autant plus destructive que les œuvres les plus réussies de notre siècle se sont imposées grâce au mélange des deux mondes, Nègres et Helléniques. Il ne s’agit plus ici de savoir si la composition de l’orchestre est constituée de personnes qui ont la même couleur de peau : il s’agit de travailler avec des gens qui ont transcendé leur limites, leur culture, leur héritage, et qui projettent une image qui est difficile à mettre en boite. Pour vous en convaincre je vous invite à aller sur le site du Béninois Lionel LOUEKE ( ici ) qui m’a affirmé être vraiment à l’aise avec ses deux collaborateurs de race Caucasienne ( ici )

De toute évidence la pratique de l’art transcende les clichés primaires ; savoir danser parce qu’on est très tôt initié à la liberté des mouvements du corps ne décerne pas le titre de musicien.

Venons en maintenant à ces percussions qui inondent certains types de musique, jusqu’à saturer l’oreille… Personnellement, je me demande comment on peut nuancer son jeu dans un tel brouhaha ! Il m’est arrivé d’être confronté à ce type de situation, et j’ai réglé la question, pédale de guitare multi effets à l’appui, en faisant de la surenchère dans les décibels ; les conflits et les prises de tête sont garantis bien que chacun avale ses couleuvres, car aussi incroyable que cela puisse paraître, le rythme qui assomme l’esprit et le corps a de nombreux adeptes en Afrique. Je me plie alors au contexte et ne pense qu’à une chose : boucler la prestation et toucher mon cachet.

Ceux qui profitent de cette situation absurde sont les grands décideurs : en confinant l’Africain dans son rôle exotique, ils panachent les festivals d’été avec ce cliché ethnique, pour bien faire la différence avec la vraie musique. Mais comprenons nous bien : je ne dis pas que les percussions ne génèrent pas de musique ; je dis qu’Elles sont souvent utilisées de façon désastreuse. N’importe quel batteur formé dans les écoles spécialisées vous dira qu’il a reçu aussi une formation de vibraphoniste pour justement, apprendre à faire sonner ses peaux et générer des sons qui savent se marier avec des instruments mélodiques. Là aussi, nous avons fort heureusement des artistes contemporains (Fela Anikulapo Kuti, Salif Keïta…) qui savent doser la transe…et rétablir l’équilibre.

Comme Martin Luther King et Aimé Césaire, j’ose rêver d’un monde où le RYTHME obtiendra la noblesse Hellénique.

Edu Bocandé

À propos de l'auteur

En 2005, le guitariste et chanteur Edu Bocandé est de retour à Dakar, sa ville natale, après 20 ans d’absence. Quand il a entamé son périple africain qui l’a mené de Cotonou à Lomé, de Lagos à Accra, l’ambiance musicale sénégalaise était au "pachanga" (latino américain), et Youssouf Ndour rodait le mbalax dans les bars et boites de nuit. Vingt ans plus tard, Youssou Ndour règne en maitre sur le mbalax, et les jeunes rappeurs ont imprimes leur rythme sur les banlieues. Edu Bocandé réunit autours de lui quelques musiciens et lance son nouveau groupe, Edu Bocandé quartet. Depuis lors, il se produit dans de multiples bars, boites de nuits et salles de spectacles. Le « Ngonal », le « Penart jazz », le « casino du cap vert » l’ont régulièrement sollicité pour des concerts. Le groupe Edu Bocandé quartet se produit tous les vendredis au « Blue Note »

Source:

http://www.RedactionWeb.com


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